Délégationde Maine-et-Loire

Crise sanitaire

L’apprentissage du français ... à distance

À l’annonce du confinement, les activités d’apprentissage du français au Secours catholique ont été suspendues. Bénévole dans l’équipe d’apprentissage du français à Angers, Aude partage son expérience pendant cette période inédite avec Houra, Kalson, Noura.

Apprentissage du français par Whatsapp

publié en avril 2020

Les premiers jours se passent à prendre des nouvelles de chaque apprenante par des appels vidéo sur Whatsapp : Noura (34 ans), Kalsoun (33 ans) et Hodan (36 ans), et de leurs familles. Nous avions déjà créé cette habitude entre nous, cela a facilité les choses.

Nous avons la chance d’habiter assez proches les unes des autres, alors j’imprime et je distribue les attestations de sortie dans leurs boîtes aux lettres, puis nous parlons par Whatsapp vidéo pour s’assurer que chacun comprend les consignes données par le gouvernement et sait remplir l’attestation. Par la suite, je transmets l’attestation simplifiée – pour les personnes en situation de handicap – qui contient des images et peu de mots : bien utiles pour les personnes peu scolarisées.

Les premiers jours semblent bien se passer. Chaque famille reste confinée totalement, sans doute par peur du virus, mais aussi par crainte de mal faire, et d’être contrôlée.

Au bout d’une semaine, je sens s’installer une lassitude. Les visages - sur whatsapp - sont fatigués et tendus. Les mamans disent : «  Cest difficile pour les enfants ». Chacune a entre trois et six enfants, la plupart en primaire et maternelle. Kalsoun partage : « Je fais beaucoup, beaucoup, la cuisine et le ménage… »

En plus de la fatigue, l’inquiétude est là. Noura me demande combien de personnes sont mortes en France. Hodan demande si on a trouvé des médicaments en France contre le virus. Un soir, Kalsoun me dit avoir mal à la tête et le tournis. Je prends des nouvelles le lendemain : ça va mieux. Le confinement et la promiscuité, dans les petits appartements, commence à peser.

Un jour, Noura demande si on peut quand même faire cours de français. Kalsoun et Hodan aussi sont partantes : « On parle somalien toute la journée à la maison, on oublie le français !  » J’ai l’impression aussi que cela fera une pause bienvenue dans leur quotidien entre quatre murs à la maison.

Vendredi 27 mars, nous voilà toutes les quatre réunies par whatsapp vidéo, pour un premier cours ensemble. Elles sont heureuses de se revoir ! Les discussions en français et en somalien se mélangent ; les enfants sont de la partie, tout excités et heureux de participer ; des petits visages facétieux et souriants apparaissent à l’écran ; les commentaires et les exclamations joyeuses fusent…

Passé le moment des retrouvailles, on se rend compte que cela va être difficile de travailler tous ensemble, avec les enfants dans les parages, et la complication de la communication à distance… Nous allons plutôt faire des cours individuels, et je vais pouvoir m’adapter à chacune, selon son rythme. Chacune choisit un ou deux créneaux par semaine.

Noura et moi restons en ligne et nous commençons à travailler. Elle s’est isolée et a mis des oreillettes, elle est concentrée. Aujourd’hui, elle veut revoir les sons IN, AN et ON, très proches. À deux, c’est plus calme et on se comprend mieux. Elle en profite aussi pour poser les questions qui la préoccupent : « Est-ce que Zacharia, son fils de dix ans, éprouvé par le confinement, peut-il sortir avec son vélo ? »

Je crois qu’elle apprécie ce moment rien que pour elle, et moi aussi.

Je limite le cours à cinquante minutes environ : en ligne et à distance, c’est beaucoup plus fatiguant !

Me voilà donc avec six cours à distance à préparer chaque semaine. Cela me convient : moi aussi je suis confinée, avec cinq personnes à la maison… Ça va m’aider à structurer mes journées, et les relations avec mes apprenantes me dynamisent.

Lundi à 10 heures, c’est cours avec Hodan. Elle a six enfants, tous en maternelle et primaire.

Hodan aussi s’est organisée. Les enfants sont dans une autre pièce, elle s’est installée avec ses oreillettes. Nous travaillons des exercices de compréhension écrite. Pour l’exercice de production écrite – remplir un formulaire – je lui demande de le faire après le cours, puis d’en prendre une photo et de l’envoyer par whatsapp.

Nous passons aussi un moment sur les consignes liées au coronavirus : « Que faire si je suis malade ? » Nous passons en revue les symptômes possibles, et ce qu’il faut faire selon les cas : d’abord appeler son médecin habituel, ou appeler le 116-117 en dehors des horaires d’ouverture des cabinets à Angers, et en cas de difficultés à respirer, appeler le 15, etc. Informer clairement et rassurer à la fois n’est pas simple.

Mercredi à 17 heures, c’est cours avec Kalsoun. Elle a quatre enfants. C’est son mari Nasir qui s’occupe des enfants pendant ce temps.

Kalsoun s’est installée au calme. Elle veut améliorer la lecture. Je lui envoie un dialogue déjà travaillé sur whatsapp, qu’elle lit pour se remettre dans le bain, puis nous passons à un texte plus difficile. Avec l’ordinateur à côté de moi, Kalsoun entend très bien les exercices de compréhension orale, me dit-elle.

Pour la correction, j’écris au feutre sur des petites feuilles que je montre à l’écran ; là aussi, Kalsoun dit qu’elle voit très bien. Puis elle m’envoie une photo d’un petit exercice à l’écrit sur whatsapp. L’occasion de travailler aussi l’écrit sur téléphone, et… de s’envoyer des gentils petits mots !

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